vendredi 2 septembre 2016

Le 28 janvier 2014, date de la précédente note, je n’avais manifestement pas encore trouvé l’architecture du roman à paraître prochainement. Puis je me suis révolutionnée de l’intérieur et j’ai opté pour un tournant narratif. Un début, une fin, avec une histoire entre les deux. Je n’aurais pas cru. Que je voulais ça. Que j’en étais capable. Que j’allais adorer le faire. C’était comme confectionner un cadeau géant avec plein de surprises dedans

mardi 28 janvier 2014

L’autre jour j’ai pensé : ajouter des repères temporels ce serait bien. Parce que des fois situer l’action (enfin l’action) cela clarifie les choses. Or plus le cadre est cadré plus on peut faire n’importe quoi à l’intérieur. Du moins c’est ma théorie. 

J’ai posé la question à un éminent spécialiste. 

Moi : Dis, que penserais-tu d'un roman avec des dates au début de chaque chapitre, mais dans un ordre anti-chronologique ? Genre 23 octobre, 12 avril, 18 mai, 24 octobre, etc.  
Lui : Rien.  
Moi : Ce serait comme s’il n’y avait pas de dates c’est ça ? 
Lui : Oui. 
Moi : Tu ne te dirais pas, tiens, le 24 octobre c’est après le 23, ce que je lis maintenant doit être la suite de ce que j’ai lu au début ?
Lui : Non. 
Moi : Et si du coup tu ne comprenais rien à l’histoire, tu ne reviendrais pas en arrière pour vérifier les dates, essayer de reconstituer les événements ? 
Lui : Dans un cas comme ça je lâche le livre. Enfin si c’est le tien, je me force pour être gentil, mais sinon, je laisse tomber. 
Moi : Et s’il y avait des couleurs en plus, par exemple 18 septembre aubergine, 3 mai indigo, 18 décembre magenta, cela ne t’intriguerait pas ? Tu n’y verrais pas une référence à des mondes parallèles qui… 
Lui : Non. 

Sinon j'ai aussi pensé à utiliser les échecs. Chaque chapitre serait une case, et le livre se présenterait de manière à ce que, un chapitre après l’autre, on soit en train de retracer les coups d’une partie célèbre se terminant par un pat. (Le pat faisant office de subtile chute.) On se déplacerait ainsi à la fois sur l’échiquier et dans le temps. Naturellement, le texte pourrait aussi se lire d’une autre manière, de a1 à a8, puis de b1 à b8, et ainsi de suite, et cette seconde lecture éclairerait la première d’une troublante lumière. Sauf que j’ai réalisé, il était temps, que ces joueurs, là, dans leurs compétitions internationales, non seulement ils n’utilisaient pas toutes les cases de leur échiquier, mais qu’en plus, il leur arrivait, la chose n’est pas rare du tout, de repasser plusieurs fois par la même case. Du coup, c’est mission impossible, mon truc. À moins bien sûr d’inventer une partie sans aucune capture, une sorte de ballet coopératif où les deux camps s’éviteraient soigneusement et auraient comme unique objectif de visiter une fois, et une seule, chacune des cases de l’échiquier, mais franchement c’est au-dessus de mes forces. Puis j’ai comme l’intuition que, comment dire ? Bref, pour l’heure le problème reste entier, quel suspens.

(Il y a des gens qui sont vraiment très unifiés. Je ne comprends pas comment ils font.)  

À part ça, j'ai découvert que les abeilles étaient capables d'abstraction

vendredi 8 novembre 2013

J’ignore si les gens qui passent par ici écrivent, s’ils écrivent des trucs volumineux, s’ils écrivent leurs trucs volumineux sur un Macintosh, cela fait un certain nombre de conditions à remplir nous sommes d’accord, mais donc, si vous avez coché toutes les cases du formulaire sachez qu’il existe un logiciel drôlement fonctionnel, tellement fonctionnel que je vous le recommande vivement. Parce que Scrivener, c’est son nom, il est intelligent : il a compris qu’un roman, ça ne s’écrivait pas dans l’ordre. Genre un chapitre après l’autre. Ni dans le désordre. Genre un chapitre après l’autre, mais en commençant par le milieu ou par la fin. Non non non. Un roman, du moins par ici, cela s’écrit de partout, en même temps. Un roman est une galaxie dans mon cerveau cosmique tout est connecté, et partant de là il est évident que j’ai besoin de pouvoir utiliser 178 fichiers de manière simultanée. 

En effet, ce que je modifie d’un côté, ça modifie aussi l’autre côté - une grande machine avec des roues dentées, tout ça. Et l’intégralité de ce bordel dans un seul gros fichier, ce n’est pas possible, en plus Word, et même Nisus, et même Open Office, vous voyez j’en ai essayé des alternatives, eh bien les gros fichiers, paf, ils explosent. Oui oui oui. Quant à moi, j’ai juste envie de vomir à force de faire défiler 300 pages toutes les cinq minutes, j’ai toujours eu un penchant pour l’épilepsie, que je ne désire pas forcément cultiver par la pratique intensive de l'apnée informatique. Or avec Scrivener, clic clic clic, on ne fait pas défiler mais on clique, c’est tellement plus doux et reposant. Parce que Scrivener, il réfléchit en termes de projet. Vous ouvrez votre projet, et il vous donne accès à une bibliothèque de fichiers. Bibliothèque infinie. Et néanmoins très organisée, si tel est votre souhait. C’est forcément votre souhait, être organisé est le souhait de tout le monde, nous écrivons pour organiser, écrire c’est organiser. Scrivener, donc, est l’outil idéal contre la crise de nerfs : les morceaux sont séparés, mais ensemble. En plus, il ne plante pas. Jamais. Même avec ses 178 fichiers ouverts en même temps. Il ne bouge pas. Il résiste, stoïque. Tranquille. Même pas ralenti. Rien. C’est un roc, vous pouvez vous appuyer sur lui. Il est rassurant. Il a un mode plein écran qui est très confort. Et tout plein de fonctions très pratiques. Que je n’utilise jamais, mais qui sont formidables, j’en suis convaincue. Il n’est pas très cher. Il est moins cher, en tout cas, que votre ordinateur. Ordinateur que vous ne fracasserez plus contre le mur. 

(Je n’ai pas été rémunérée pour écrire ce billet mais je suis tout à fait ouverte à la corruption rétroactive.) 

lundi 14 octobre 2013


Un, deux. J’essaie de me rebrancher dring c’est l’heure de sortir de sa jachère les forces ennemies objectent il est un peu tard tout de même vive la dialectique mes doigts tendus écarquillés allo c’est la bouilloire au bout du fil aucun grillage ne m’obstacle plus on ne comprend rien pas vrai : je m’étire. 

Toute la semaine j’ai rangé l’intérieur de mes tiroirs ce qui m’a pris toute la semaine comme le début de la phrase le suggérait déjà, coucou ceci était une intervention du lutin surligneur. Ranger l’intérieur de mes tiroirs est un acte de grand courage j’aimerais attirer l’attention sur ce point, en effet le ratio efforts fournis / bénéfices visibles est nul puisque sauf à passer mes journées à ouvrir puis refermer mes tiroirs pour en contrôler le contenu je dois pour me réjouir de ce nouvel état d’harmonie heureux mais caché convoquer à mon esprit sa très imaginaire représentation, chouette tout est bien empilé aligné classé les post-its regroupés par couleur et les stylos par fonction qu’est-ce que je suis contente même si je ne vois pas tout ça, il faut une grande capacité d’abstraction pour se satisfaire de la pure idée de l’ordre sans l’avoir sous les yeux. Et pourtant. Et pourtant a contrario le bordel interne de mes tiroirs est extrêmement angoissant, savoir qu’il suffit d’en ouvrir un pour que tout s’effondre qu’une cascade de papiers tombe en vrac au sol ou pire dans l’espace qui sournoisement sépare le fond du caisson de bureau et le rebord des tiroirs me terrorise, je n’en fais pas l’expérience mais je sais, je sais que la désorganisation est là tapie et saisira la première occasion pour me sauter à la gorge.

En d’autres termes le désordre à l’intérieur de mes tiroirs me tient à bonne distance du projet de les manipuler, tandis qu’en corollaire le rangement emporte avec lui un déverrouillage mental, l’empêchement tombe le contact est rétabli, interagir avec les tiroirs fait de nouveau partie du verdoyant champ des possibles, même s’il n’y a pas de rapport de cause à effet automatique il ne faut pas rêver non plus. Or dans lesdits tiroirs il y a des trucs écrits qu’il conviendrait de relire dans l’espoir fou si entretemps je ne suis pas enfuie en courant de les transformer en quelque chose comme des trucs écrits mais sérieusement, pas juste cher journal hier j’ai écrasé un escargot par mégarde ; voilà nous y sommes.

Toute la semaine j’ai préparé mes sangles ajusté mes jambières renforcé à coups de latex les bandes de mon élastique, est-ce que je suis prête.

D’une certaine manière, précision superflue comment cela pourrait-il se passer autrement que d’une certaine manière, je suis libre.

Allez courage. 

samedi 9 juin 2012

Je suis dans l’avion et je souffle enfin et de ce souffle enfin je pourrais aussi bien ranimer mon blog me dis-je dans l’avion en soufflant enfin, c’est ce que j’ai écrit avant de prendre l’avion en m’imaginant dans l’avion tandis que dans l’avion objet du monde que les humains s’accordent usuellement à qualifier de réel je me suis contentée de lire Psychologies Magazine, c’est beaucoup plus intéressant que je ne l’aurais imaginé.

Partie, donc, je suis, ce n’est pas une métaphore mais un constat, qui n’est pas neutre cependant, cela implique, attention indice, qu’il ne s’agit pas d’un retour mais d’un voyage, je ne suis pas rentrée d’où je venais, je suis temporairement déplacée. En d’autres termes, je suis pour l’heure absente d’ici et présente là-bas, vous noterez que ces deux propositions sont indissociables puisque disparaître d’ici sans apparaître là-bas ou apparaître là-bas sans disparaître d’ici est impossible sans tour de magie, sauf que précisément, du fait de ladite opération à double face précédemment décrite l’ici devient là-bas et vice et versa, c’est complètement dingue n’est-ce pas.

Je suis ici, dans mon ici, et vous, vous êtes là-bas, dans mon ici antérieur, raison pour laquelle vous ne devez pas dire ici pour ici, tandis que moi, j’en ai le droit, c’est la différence fondamentale entre vous et moi, être ici me donne le privilège irréfragable de qualifier l’ici d’ici, oui je suis un peu lourde avec mes blagues sur l'indexicalité, et mon ici, c’est Cluj qui m’accueille en mission Stendhal pour un mois, il reste 16 jours avant que la ville ne redevienne un vulgaire là-bas comme une citrouille.

Le contrat dit, j’apporte mon concours aux actions menées par le Réseau culturel français à l'étranger tout en travaillant sur mon projet d’écriture, et le contrat dit la vérité mais pas toute la vérité, car dans sa grande sagesse il a considéré qu’il serait inutile de faire à l’avance la liste de tous les gâteaux à la crème que j’allais manger une fois sur place étant donné que je m'en charge bien volontiers, cette activité d'inventorisation pâtissière étant au demeurant nécessaire à mon bien-être psychologique et donc à l'avancée de mon texte. 

Mon texte, ou plutôt mon enquête (c’est la même chose) dans la mesure où je ne suis pas ici pour écrire à proprement parler, ce n’est pas une retraite mais un séjour pour se documenter ou nourrir un travail en cours, c’est-à-dire recueillir des données factuelles ou s’auto-exposer à des situations susceptibles d’engendrer une recomposition mentale de nature à favoriser le repassage du linge de cerveau.    

Je suis ici et j’enquête. Je respire l’air de Cluj. J’écoute ce que les vieux messieurs chuchotent dans les cimetières. Je m’achète des robes criardes aux broderies scintillantes. Je visite des monuments historiques pour comprendre ce qu’est un monument historique. J’observe les gens et je leur pose des questions et je note leurs réponses mais aussi et surtout je note comment mon esprit ainsi confronté à leurs réponses réagit ce qui ensuite me permet de mettre à jour mes connaissances concernant le contenu de mes pensées. 

Si je ne me lasse pas de dire ici, je suis ici, c’est qu’être ici est indescriptiblement précieux en soi, ce n’est pas un ailleurs par rapport à mon ici antérieur mais un ici à part entière, je ne fuis pas, je vais à la rencontre de. Et de quoi, et de quoi, on le saura plus tard, méthodologiquement parlant c’est une enquête tautologique : j’enquête ici pour comprendre pourquoi j’enquête ici, ma grand-mère est déjà furieuse.